samedi 21 août 2010

Chapitre 7: Solitude ( Partie 1)


Deux mois passèrent.
Deux mois idylliques durant lesquels Gabrielle goûta enfin au bonheur après deux siècles d'errance et de solitude. Ils se voyaient chaque nuit, après que Gabrielle se soit nourrie. Joshua n'acceptait toujours pas cet état de fait mais il le comprenait et s'abstenait d'en parler: elle semblait enfin si paisible... Elle paraissait même moins pâle, moins blême même longtemps après s'être nourrie. Elle paraissait plus...vivante, aussi étrange et troublant que cela puisse paraitre.

Tout aurait pu aller pour le mieux si Joshua n'avait pas voulu en savoir plus. Une question le taraudait depuis de longues semaines et il ne put, à mesure que leurs sentiments s'enracinaient, s'empêcher de la lui poser. Il voulait savoir qui avait fait d'elle ce qu'elle était, une enfant de la nuit. Elle refusa tout d'abord de lui répondre, s'enfermant dans le mutisme le plus complet. Elle aurait pu lui mentir, lui dire qu'elle ne savait pas, mais elle s'y refusait. Mais Joshua tenait bon, et bientôt, sous ses assauts répétés, elle céda et finit par tout avouer, la gorge nouée.
" j'ai été laissée pour morte dans une ruelle, il y a un peu plus de 150 ans. Et... c'est ton aïeul, ton... ancêtre, John Pickerwood, qui a fait cela. Il a bu mon sang, trop pour que je survive, pas assez pour que mon âme mortelle ne me quitte définitivement. Le guide, mon "maitre" me transmis néanmoins le don obscur pour parachever l'oeuvre de John Pickerwood. Mais comme je te l'ai dit... J'étais encore trop en vie..."
Elle vit alors le visage du jeune homme se défaire, blêmir. Estomaqué, il ne répondit rien, se contentant de regarder au loin.
Les jours qui suivirent cette révélations le trouvèrent silencieux, perdu dans ses pensées. Un soir, même, il ne vint pas la voir. Bouleversé, le coeur rongé par la culpabilité, il ne savait que faire. Et pourtant, elle lui manquait tellement...
Il réfléchit longuement, puis prit une décision qui fut pour lui un déchirement, mais lui parut nécessaire. Depuis les aveux de Gabrielle, il ne pouvait plus la regarder en face sans ressentir un malaise indicible.
"Je vais partir quelques temps, déclara-t-il un soir, le coeur et la gorge serrés. Je le dois.
-Mais pourquoi, Josh?
-Sans lui, tu ne serais pas ce que tu es. Et je suis de son sang.
-Sans lui, nous ne nous serions jamais connu.
-Mais tu aurais gardé la vie!
-ça n'a plus aucune importance.
-Pour moi, si.
-Josh, pourquoi tiens-tu tant que ça à porter la culpabilité de ses actes? En quoi en es-tu responsable?"
Joshua secoua la tête, désespéré.
"Gabrielle, j'ai besoin de partir quelques temps pour accepter... tout ça...Toute ma vie a été bouleversée si vite... Je n'étais pas préparé..."
Gabrielle détourna le regard, les lèvres tremblantes.
"Promets-moi que tu reviendras... "

C'est ainsi qu'il se retrouva un soir sur le port de Dublin, loin de Kildare, loin de Gabrielle, attendant le ferry qui l'emmènerait d'abord en Angleterre, puis... Ailleurs, loin, il ne savait pas encore où. Il marcha le long des docks, vide et abattu, ne sachant vraiment pas ce qui lui arrivait, où il allait. Il ne savait même pas vraiment ce qu'il faisait.
Le ferry arriva finalement. Joshua le regarda amarrer et déverser sur les docks la foule qu'il contenait, et la vit s'éparpiller autour de lui. Un homme passa tout près, portable vissé à l'oreille et attaché-case en main, marchant vite et le bousculant au passage, lui jetant un regard agacé. Joshua ne réagit même pas. Il était ailleurs, dans un autre monde, avec d'autres personnes, loin...
Lorsque le plus gros de la foule fut dispersée, il se dirigea vers la passerelle et embarqua. Puis il s'accouda au bastingage et jeta un dernier regard à Dublin, sur l'Irlande. Un mouvement furtif attira son regard. Les docks étaient maintenant désert, à l'exception d'une jeune fille blonde qui s'éloignait. Au loin, une silhouette noire, au dessus de laquelle semblait voleter un nuage de boucles cuivrées, s'avançait lentement vers le ferry. Il reconnut Gabrielle, sentit son coeur cogner plus fort... Elle le fixa un instant, immobile, le regard suppliant. Il fit quelques pas vers la passerelle, prêt à redescendre, mais celle-ci se releva, et le ferry démarra.
Alors qu'il quittait le quai, Gabrielle tourna les talons et disparut.

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