samedi 21 août 2010

Chapitre 7: Solitude (partie 2)


C'est en repartant vers Dublin, quittant les docks, que Gabrielle aperçu une jeune fille d'environ 15 ans, aux longs cheveux blonds soyeux et à l'uniforme de collégienne. Elle semblait lasse, tenant son cartable à deux mains, regardant régulièrement à droite, puis à gauche, scrutant la route. Elle attendait certainement qu'on vienne la chercher.
La jeune fille leva alors les yeux vers elle. Gabrielle y vit la peur, l'appréhension, mais aussi l'étonnement de voir en ce lieu une femme aussi bizarrement accoutrée. Gabrielle arborait toujours des vêtements quelque peu désuets, du moins pour cette époque. Mais au XIXe siècle, lors de sa naissance aux ténèbres, elle aurait été d'une élégance rare. La jeune fille ne la quittait pas des yeux, visiblement hypnotisée, ou presque. Gabrielle lui sourit, puis quitta les docks. Elle se rendit chez le Guide, qui l'hébergea quelques temps.
Celui-ci passa les jours suivants à l'étudier du regard, à la scruter, comme s'il cherchait à voir à travers elle, à percer un secret.
"Qu'y a-t-il? demanda-t-elle un soir
-Pardon?
-Je vous vois me dévisager depuis quelques jours, je me demandais pour quelle raison."
Le guide ne répondit pas, se contentant de secouer la tête en signe de négation.
Un soir d'été, le Guide la mena à une grande réception donnée par une famille nommée Stovington, nouvellement arrivée à Dublin.
"Je te trouve bien pâle et bien lasse depuis que Joshua est parti. Sortir un peu, te mêler aux autres te fera le plus grand bien."
Elle l'avait donc accompagné.
Elle avait déambulé dans le magnifique jardin, se mêlant aux mortels, l'oeil brillant, les joues rouges dans sa robe noire, les cheveux relevés et piqués d'une magnifique rose rouge sang. Puis elle était entrée dans la magnifique demeure admirant les tableaux de maitre, méprisant les trophées de chasse.

Au détour d'un couloir, elle se retrouva dans un immense corridor dont les murs bordeaux étaient recouverts de tableaux: portraits, paysages, immenses domaines... L'un d'eux représentait un quartier de la Nouvelle Orléans, le Vieux Carré, et un flot de souvenirs tenta de refaire surface, qu'elle endigua aussitôt. Mieux valait ne pas se rappeler tout cela.
Observant l'endroit, elle remarqua qu'elle n'était pas seule dans le corridor. Là, assise sur un banc de velours lie-de-vin, se trouvait la jeune fille blonde croisée sur les docks. Habillée de blanc, un ruban de satin assortit à sa robe nouée dans les cheveux, il ne lui manquait que les ailes duveteuses pour ressembler à un ange. Elle dévisageait un portrait- le sien vraisemblablement, au vu de la ressemblance- de ses grands yeux bleu pâle fatigués. Gabrielle s'assit près d'elle: la jeune fille ne la vit même pas.
"Très joli portrait" dit Gabrielle.
Ce qui arriva ensuite, ce que son âme partageât avec celle d'Arcadie, Gabrielle ne sût jamais comment cela put arriver. Elle sût seulement, ensuite, qu'Arcadie était en danger.

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