mardi 13 mars 2012

Alive (Partie 1)

D'abord, il y avait le vide... Le noir total, silencieux, mélancolique, sans espoir. Parfois, ce néant se remplissait de la voix de Sean et une douce lumière l'envahissait, le teintant d'un blanc lumineux, majestueux, l'espoir revenait. Alors elle sentait son âme revenir à la vie, et son corps, engourdit, se réchauffer. Mais la voix s'éloignait et tout redevenait noir, vide, sans espoir...
Elle savait, pourtant... Avant même que le Guide ne revienne, elle savait qu'il franchirait seul la porte de sa demeure, sans Joshua, sans même avoir retrouvé sa trace, et que jamais il ne serait retrouvé. Il avait disparu. Il avait voulu disparaitre. Personne ne pourrait le retrouver désormais, à moins qu'il ne veuille lui même qu'on le retrouve. Mais cela, il ne le voulait pas. Il n'était pas assez fort pour accepter la nature de celle qu'il avait aimée, qu'il aimait encore, peut être. Pour accepter que l'un des siens, son propre ancêtre, son propre sang, ait pu être différent de ce qu'il était.

Il y avait aussi les ténèbres. Froides, humides, comme dans un caveau. Et ces 3 battements de coeur entremêlés, vibrant à l'unisson. 3 battements de coeur bien distincts. Le sien, d'abord, irrégulier, étrange, presque angoissant. Puis celui de ses deux filles, Mallory et Ophélia. 2 petites âmes qui l'accompagnaient dans les ténèbres poisseuses où sa propre âme errait sans relâche. Elle les voyait disctinctement, ces deux petites rousses, l'une aux yeux vert mordoré, au regard si doux, et l'autre, plus frêle, au visage déterminé, et dont le regard était celui de Josh...C'était Mallory. Mallory dont l'âme semblait chaque jour plus pâle, plus evanescente, plus lointaine, mais qui la guidait toujours d'un pas sûr vers la Lumière, lorsque celle-ci apparaissait. Alors Gabrielle y entrait...et retrouvait parfois le monde des vivants.
Elle sentait la main chaude de Sean autour de la sienne, et son regard limpide la scruter avec inquiétude,  attendant un de ces rares moments où elle reprenait conscience. La voir ouvrir enfin les yeux le rassurait  plus qu'aucune autre chose au monde, ces derniers temps.
Elle entendait le Guide et Sean tergiverser pendant des heures à son sujet. La naissance des jumelles approchait: le ventre de la jeune vampire semblait prêt à se fendre tel un fruit mûr, mais ses moments de conscience était devenue une rareté. Selon le Guide, elle ne survivrait pas. Il fallait donc sauver les jumelles en priorité.
"Du moins celle qui survivra. L'autre est trop fragile, et elle aussi se meurt. Nous n'avons pas le choix. Il faut s'y résoudre. Gabrielle va mourir."
Sean se révoltait, refusait de la voir partir ainsi, sans que rien ne fut mis en oeuvre pour tenter de la sauver. Le ton montait entre les deux vampires, chacun campant sur ses positions. Puis le Guide tournait les talons, comme à chaque altercations avec Sean, et disparaissait de la pièce en claquant la porte. Sean reprenait alors place auprès de la jeune vampire, assis sur le fauteuil près de son lit, le front dans les mains. Puis, il replaçait doucement la main de Gabrielle dans la sienne, refusant toujours l'éventualité de sa mort, et continuait de veiller sur elle, se posant mille questions sur ce qui allait advenir,sans pouvoir y apporter aucune réponse.
Alors qu'il se torturait l'esprit, la main de Gabrielle se resserra d'un coup sur la sienne, d'une poigne sèche, dure, telle un étau. Elle s'assit sur son lit telle un diable sortit de sa boite, fixant Sean de son regard argenté, un regard fou et perdu, le souffle irrégulier et le visage crispé.Les draps blancs dans lesquels elle gisait se maculaient de sang, et l'on distinguait une forme inerte entre ses jambes.
La jeune femme hurla à plein poumon, un hurlement de loup, un hurlement de bête blessée à mort. le Guide se précipita dans la chambre, suivit de Liam.
"Sortez! Je ne veux personne ici!"
Sean hésita, voulant rester près d'elle, comme il l'avait toujours fait jusqu'à maintenant. Mais un seul regard du Guide l'en dissuada. La mort dans l'âme, il attrapa Liam, toujours récalcitrant aux ordres, et sortit. Le moment était venu.