mercredi 5 septembre 2012

Final: Renaissance



Jamais il ne se serait cru capable de défier ainsi le Guide, celui qui l'avait fait naitre aux ténèbres, qu'il n'avait jamais quitté, et à qui il avait fait voeu d'allégeance des siècles auparavant. Mais l'idée de laisser Gabrielle partir, de ne plus croiser son regard argenté, ni de sentir sa main dans la sienne, lorsqu'il veillait sur elle le désespérait au point qu'il préfèrait la suivre dans la mort que de subir l'Eternité sans elle.
Longtemps il crut cela impossible: aimer était un sentiment humain, et il ne l'était plus depuis des siècles. Gabrielle, pourtant, l'avait pu, malgré sa nature ténébreuse. Il passa de longues heures à réfléchir  à cela, au chevet de la jeune femme, les yeux rivés sur elle, s'y attachant sans même s'en rendre compte. Mais ce n'est qu'en la prenant contre lui, cette nuit là, qu'il comprit enfin à quel point il l'aimait. Qu'importe ce que le Guide ferait de lui s'il le retrouvait. Tant que Gabrielle respirerait, , même s'il devait défier son Maitre, rien d'autre qu'elle n'aurait d'importance. Tout ce qui comptait était de la voir ouvrir les yeux de nouveau et revivre, comme avant. Quoi qu'il en coûte.

Il traversa une partie du pays  et l'atlantique, vers les côtes anglaises, à ses côtés, se cachant le jour dans des abris de fortune, toujours aux aguets, voyageant la nuit dans des voitures volées. Il ne se passa pas une minute sans qu'il ne s'assura que son aimée fut toujours en vie, vérifiant les battements de son coeur dès qu'il le pouvait. Elle était redevenue totalement humaine désormais.
Il arriva enfin à l'endroit qu'il cherchait: les ruines d'un castel où il avait pu prendre quelque repos juste après sa naissance aux ténèbres. Il y termina son parcours avec Gabrielle, dans l'une des pièces donnant sur la mer. De la seule fenêtre de la pièce, il voyait la plage où le Guide l'avait trouvé, gisant sur le sable, à moitié mort.
La pleine lune baignait la pièce de sa douce lumière tout le temps de sa course à travers le ciel, comme elle l'avait fait un soir, des siècle plus tôt.
Avec ce qu'il trouva, il put installer Gabrielle plus ou moins confortablement. Un tas de foin et des draps volés sur l'étendoir de la maison la plus proche procurèrent un lit de fortune où il put la laisser reposer décemment. Gabrielle restait toujours inerte, les yeux clos, le coeur battant péniblement et irrégulièrement à mesure que les heures passaient. Il tentait de la nourrir, de la faire boire, mais rien n'y faisait. Alors il la serrait dans ses bras, se concentrait sur les battements de son coeur, et priait qu'ils ne cessent pas. Qui ou quoi priait-il? Il ne le savait pas. Il savait juste qu'il priait.

La lune était pleine, ronde et lumineuse, et emplissait, comme chaque soir, la pièce de son scintillement. Gabrielle sentait la lumière de l'astre derrière ses paupières. Elle sentait et entendait chaque bruit, chaque murmure autour d'elle. Elle sentait un bruissement d'ailes sur sa peau, un bruissement d'ailes noires. comme celles des anges des ténèbres qui l'avaient si souvent malmenés durant sa vie vampirique.  Puis elle entendit les rires maléfiques et moqueurs, d'abord au loin, puis de plus en plus près. Elle sentait approcher la silhouette noire de la Faucheuse. Toute son âme hurla, se débattant dans ce corps inanimé, ce corps que Sean serrait contre lui. La silhouette était plus proche, les anges noirs volant autour d'elle comme autant de vautours. Elle hurla...Et ouvrit les yeux.

Gabrielle s'éveilla d'un coup, les yeux exorbités et le regard fou, tournant vers lui un visage crispé d'horreur et de douleur, la gorge encore palpitante du hurlement qu'elle venait de pousser, telle une louve blessée.
Avant qu'il n'ait pu faire un geste ou émettre un son, elle l'attrapa d'un mouvement saccadé par la nuque tendant son cou.
"Sauve moi... " murmura-t-elle.
Sans plus attendre, il perça la peau fine de ses canines acérées et bu autant qu'il le put. Elle convulsait sous le poids de son corps, la silhouette noire approchant toujours plus. Elle s'accrocha alors à Sean avec toute l'énergie qu'il lui restait, planta à son tour ses dents dans le cou de son amant, son sauveur...
Son coeur cessa de battre définitivement, le sang coulant dans sa gorge réchauffa son corps mourant et renaissant au monde des ténèbres, qui s'arqua dans une étreinte sauvage contre celui de l'être aimé. Les anges noirs disparurent dans un sifflement de rage, tels des démons exorcisés, et la longue silhouette noire s'éloigna jusqu'à disparaitre.
Lorsque Sean croisa le regard de Gabrielle, ses yeux avaient prit la couleur argentée du Mithril. Son âme s'y reflètait comme un millier d'étoile dans des eaux apaisées.
Le sang avait scellé corps et âmes les deux vampires, sous le regard complice de l'astre lunaire. 

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