mercredi 4 février 2009

Chapitre 6: Josh ( fin)


Gabrielle trouva refuge dans une crypte près du cimetière où Joshua et elle s'étaient rencontrés. Elle se sentait honteuse et désespérée. Elle tenta, plusieurs jours durant, de ne pas se nourrir. Mais ces jeûnes imposés n'amélioraient en rien la situation. sa faim se traduisait par une violence sans bornes, et ses victimes étaient méconnaissables après qu'elle leur ait ôté la vie. Elle se livrait sur elles à de véritables orgies.
Malgré sa culpabilité, elle dût reprendre ses anciennes habitudes. Elle n'avait pas le choix.
Elle quittait la crypte chaque soir, dès le coucher du soleil, se nourrissant au hasard: humains, animaux... peu importait. Elle n'y prêtait même plus attention. Une fois sa corvée achevée, elle retournait à la crypte et s'allongeait sur le lit de paille qu'elle s'était improvisé, attendant le jour et le sommeil.
Un soir, Joshua apparut. Elle rentrait à la crypte lorsqu'il sortit de l'ombre. Il semblait à bout de force, les yeux cernés, les traits creusés. Gabrielle sentit les larmes lui monter aux yeux.
"J'aurais dû me douter que tu serais là" dit-il en souriant. Puis, sans la quitter des yeux:
"Je n'ai pas fermé l'oeil depuis que tu es partie...
-Pourquoi?"
Il resta silencieux, s'aprochant d'elle. Elle remarqua qu'il tenait à la main quelque chose, comme un morceau de tissu épais. Il le déplia et lui en couvrit les épaules.
"Tu avais oublié ta cape. reprit-il
-Merci de me l'avoir ramenée..."
Il lui effleura les cheveux, le visage, du bout des doigts, les yeux brillants de larmes contenues.
"J'ai cru ne jamais te revoir...avoua-t-il
-Cela aurait mieux valu pour toi...
- Je ne le crois pas...
-Pourquoi Josh? Pourquoi m'as-tu cherchée?
-N'est-ce pas évident? "
Il secoua la tête, une ombre de sourire aux lèvres, luttant contre ses larmes.
"Je t'aime, Gabrielle."
Elle hoqueta, stupéfaite. Les larmes roulèrent sur ses joues. Il la prit dans ses bras et la serra fort contre lui. Elle tremblait, de froid ou d'émotion, peut-être les deux, ses grands yeux gris acier inondés de larmes, le regardant. D'un baiser, il la délivra de ses tourments. Elle chancela dans ses bras. Il la porta jusqu'à sa couche de fortune et s'unit à elle, avec la lune pour seul témoin.
"La lune est pleine..." remarqua-t-il plus tard, la voyant briller à travers les vitraux , alors qu'il serrait contre lui le corps frissonant de Gabrielle. Il la regarda: elle avait les paupières mi-closes et somnolait, allongées sur le dos. Il posa sa main sur son ventre et ferma les yeux. Une image, telle un flash, lui vint: deux fillettes. Deux fillettes rousses. Gabrielle se blottit contre lui. L'image s'effaça de son esprit.

mardi 3 février 2009

Chapitre 6: Josh (partie 2)


De par son ascendance, Joshua avait toujours été passionné par le mythe vampirique, depuis qu'il avait apprit la légende de son lointain aïeul, John Pickerwood et de Daïruza, la Reine de sang. Il avait tout lu, tout étudié, vu tout les films possibles, dont la plupart l'avait bien fait rire. Il s'était même rendu en Roumanie sur les anciennes terres de Vlad Tépès, dit l'empaleur, censé être le premier vampire de tous. De ce pays, il en était revenu secoué.
"Si jamais je dois un jour croire réellement à l'existence de la race vampire, la Roumanie y aura indubitablement joué un rôle" avait-il dit à son retour. Dire qu'il ne croyait pas aux vampires aurait été mentir. Tout comme dire qu'il y croyait. Sans preuve tangible d'existence (ou de non existence) il n'excluait aucune possiblité: il laissait à tout cela le bénéfice du doute.
"J'aimerais vous revoir, dit-il à Gabrielle. Pensez vous que cela soit possible?
-Je serais là la nuit prochaine.
- Vous aimez la nuit.
-Elle m'est indispensable. Elle est ma protectrice."
Plusieurs nuits se passèrent ainsi. Ils se retrouvaient dans le cimetière, s'asseyaient l'un près de l'autre et discutaient, ou bien admiraient en silence la beauté des cieux endormis. Joshua trouvait Gabrielle d'une beauté surprenante, inhabituelle. Mystérieuse. Grâcieuse, diaphane,toujours vêtues de noir, ses longues boucles de feu cascadant dans son dos et sur ses épaules, son regard gris acier scrutant le ciel... Elle parlait peu. Il n'aurait pu dire son âge, car elle paraissait jeune (25 ans peut-être, l'âge de Joshua lui-même) et en même temps sans âge, tant elle semblait avoir vécu. Son coeur battait à tout rompre lorsqu'il s'approchait d'elle. Elle était si mystérieuse... Elle le subjuguait.
Un soir qu'il se rendait à leur rendez-vous, devenu habituel, il se perdit dans les rues de Kildare, tout comme il était perdu dans ses pensées, pensant à elle, toujours à elle. Un cri résonna dans la ruelle attenante. Surprit, il courut pour s'y rendre, pensant apporter son secour... et il la vit. Elle, Gabrielle, son archange, celle à qui il pensait à chaque minute. Il la vit, le visage plongé dans le cou de sa victime, agenouillée au sol, l'autre encore dans ses bras, puis rejeter la tête en arrière, comme en extase, le sang ruisselant de ses lèvres jusqu'à son cou, sa poitrine se soulevant rapidement au rythme de sa respiration haletante. Il vit ses canines, si longues et effilées... Il hoqueta. Gabrielle tourna la tête vers lui. Ses yeux s'aggrandirent.
"Mon Dieu... souffla-t-il
-Oh Josh... murmura-t-elle, rejetant sa victime morte.
-Mais tu es...
-Je t'en prie...Josh! implora-t-elle, ses yeux ruisselant de larmes.
-Ne t'approche plus jamais de moi! "
Il la laissa seule, au milieu de la ruelle déserte, en larme, criant son nom, le suppliant.
Il s'enferma chez lui, ivre de colère, de peur... et de désir. Elle lui avait paru si vivante...Si désirable à ce moment...Ce sentiment contre nature, immoral, le torturait. Comment pouvait-il la désirer tant alors qu'elle tuait, qu'elle était... Il ne pouvait pas le croire... mais il l'avait vu. Ses lèvres pleines, entre ouvertes, laissaient voir ses canines anormalement longues, sa peau habituellement blême était rose du sang qu'elle avait bu. Il se rappela la cambrures de ses reins quand elle avait rejeté la tête en arrière, ses boucles balayant son dos, sa poitrine palpitante...
"NON!" Un coup de poing brisa le miroir dans lequel il se regardait. Il avait la main en sang.
Il passa le reste de la nuit à réfléchir, le coeur meurtri, ne sachant que faire... La journée fut longue. Il sortit une heure, afin de se changer les idées, puis retourna se cloitrer chez lui, tiraillé entre l'envie de retourner la voir la nuit suivante et sa raison lui dictant de tout quitter et de partir loin. Elle n'eut pas de choix à faire. Le soleil n'était pas couché lorsqu'on frappa à la porte. L'esprit épuisé, il ouvrit sans réfléchir. Gabrielle se tenait derrière la porte, en pleurs, cachée sous une grande cape noire, la capuche relevée et couvrant son visage.
"Josh...
-Je t'ai dit de ne plus t'approcher de moi!"
Elle hoqueta, deux grosses larmes roulants sur ses joues. Lentement, elle retira sa cape et la laissa tomber au sol. Des volutes de fumée s'élevèrent de sa peau. Elle ne quittait pas Joshua des yeux. Puis elle partit en courant. Il se lança à sa poursuite, horrifié. Lorsqu'il la rattrapa, le soleil avait déjà grâvement brûlé sa peau. Elle s'effondra.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle se trouvait chez Joshua, allongée sur son lit. Il était assis près d'elle, dans un fauteuil.
"Pourquoi as-tu fait ça? demanda-t-il froidement, pourquoi es-tu venue?
-Je voulais te voir, te parler... t'expliquer... si je le peux...
- M'expliquer quoi?
- Ce que je suis...
- Je sais ce que tu es. Je suis bien obligé de le croire.
- Je n'ai pas voulu être ainsi! s'écria-t-elle, en larmes, On a fait de moi ce que je suis, je n'ai pas eu le choix! On m'a tuée moi aussi!"
Joshua baissa les yeux. Il n'avait pas vu cela sous cet angle. Elle avait pourtant raison: elle n'était pas fautive... Pas totalement.
"quel idiot je fais... soupira-t-il, Pardonnes moi, je n'avais pas vu les choses ainsi"
Gabrielle lui prit la main.
"Je n'aime pas ce que je fais, Josh. Loin de là. Mais je n'ai pas le choix si je veux survivre.
-Oui... je le sais. Du moins je le suppose..."
Elle cligna des yeux, épuisée. Il lui caressa les cheveux.
"Repose toi maintenant, je vais veiller sur toi."
Elle le fixa un instant de ses yeux pâles, les paupières lourdes, puis les ferma et s'endormit. La nuit envahit lentement la pièce. Il alluma une bougie puis un feu de cheminée, et s'assit de nouveau dans son fauteuil, perdu dans ses pensées.
Elle dormit plusieurs heures, sous l'oeil vigilant de Joshua. Il remarqua que les brûlures, dont elle souffait quelques heures auparavant, se résorbaient et guérissaient d'elle même, comme si rien ne s'était passé. Bientôt, elles auraient disparues.
Gabrielle remua sur le lit, puis gémit. Josh s'approcha d'elle. Elle ouvrit les yeux brutalement.
"Je dois partir" Sa vois était froide, rauque. Son regard brillait d'un éclat malsain.
"Non reste ici. je trouverais une solution pour toi.
-Josh, ne m'en empêche pas. Il le faut!
-Tu vas encore tuer? "
Elle se leva, laissant sa cape sur le lit. Ses boucles cuivrées frôlaient sa peau, le haut de son corset de dentelle noir. Les volants de sa jupe bruissaient contre ses jambes lorsqu'elle s'avança vers lui ses pieds touchant à peine le sol. Joshua recula d'un pas.
"Je vais me nourrir" répondit-elle. Ses canines s'allongeaient perceptiblement.
"Tuer, te nourrir: cela reviens au même. renchérit-il. Reste ici. Ne sors pas.
- je le dois, Josh, tu ne peux pas m'en empêcher.
-Si je le peux."
Elle le défia du regard. La faim la rendait différente, provocante. Elle se dirigea vers la porte, mais il l'attrapa par la main et l'attira à lui, et serra son corps contre le sien. Elle brûlait de rage.
"Laisse moi sortir! cria-t-elle en se débattant
-Non! répondit-il, tu n'iras pas tuer quelqu'un d'autre!
-Laisse moi! Tu ne peux rien pour moi!
-Si je le peux! "
Penchant sa tête de côté, il attira le visage de Gabrielle à son cou. Elle vit tout de suite la veine, palpitante. Son ouïe décuplée par la faim percevait presque le bruit du sang circulant sous la peau, son odorat en distinguait l'odeur chaude et épicée. Elle était au supplice.
"NON! s'insurgea-t-elle
- Si tu m'aimes, fais le. Epargnes un innocent. Prends moi mais épargnes les autres. Au moins pour ce soir."
Elle se retint un instant, luttant contre la faim qui la torturait. Elle aimait Joshua. Depuis la première fois qu'elle l'avait vu, cette fameuse nuit, dans le cimetière enneigé.
"Si tu m'aimes, fais le." avait-il dit.
Elle colla ses lèvres à la peau de Joshua, la perçant doucement de ses canines effilées, et bu. La main de Joshua dans ses cheveux la gardait accrochée à son cou. Il tremblait, le corps tendu à se rompre, sentant la peau frissonante de Gabrielle se réchauffer contre la sienne. Elle respirait vite, collée à lui, ses bras l'étreignant vivement. Puis la pièce se mit à tourner, son regard se voila, Gabrielle échappa à son étreinte, les lèvres couvertes de sang. Titubant, il se précipita vers le lit et s'y allongea. Lorsqu'il se retourna, Gabrielle n'était plus là, et la porte était grande ouverte. Il ne restait plus d'elle que sa cape, imprégnée du parfum de sa peau, oubliée sur le lit.

dimanche 1 février 2009

Chapitre 6: Josh

Comté de Kildare, de nos jours:
La nuit était belle, noire comme de l'encre. Debout dans l'encadrement de la porte, Gabrielle rêvassait, espèrant son retour. Cela faisait si longtemps...
La lune éclairait son visage blême, faisant briller son regard métallique.
"Gabrielle..." La voix, pourtant douce, d'Arcadie la fit sursauter. Comme toujours lorsqu'elle apparaissait sans prévenir et qu'elle tirait Gabrielle de ses pensées.
"Tu penses encore à lui n'est ce pas?
- Oui, comme toujours...
- Il finira par revenir. Josh tient toujours ses promesses."
Oui il les tenait toujours... Et grâce à lui, Elias n'était plus qu'un souvenir.
Elias... Comme elle avait erré pour l'oublier...
Malgré sa décision première, elle était retournée dans la crypte où Elias avait périt. Et elle avait vu ce qu'il était advenu de lui: il n'était plus qu'un étrange conglomérat d'os et de chair calcinée, mi cendre mi solide. Il devait avoir beaucoup souffert avant de rendre l'âme... Elle était restée assise là, sur les marches, près du cadavre d'Elias, pendant de nombreux jours, choquée et immobile. Puis une nuit, elle était retournée dans la demeure en ruine des Pickerwood, laissant enfin la dépouille d'Elias à son triste sort. Elle avait habité la demeure pendant des semaines, fouillant chaque recoin, à la recherche de vêtements ou d'objet ayant appartenu à Daïruza, qu'Elias avait tant aimé. Sa solitude l'avait poussée à se prendre pour la Reine de sang.
Puis, dans le grenier, elle trouva le portrait d'une femme aux longs cheveux d'or, aux yeux d'un vert étincelant...Daïruza. Plus loin, elle aperçu un miroir et s'en approcha. Elle vit, là où elle s'attendait à ne voir que le reflet du grenier, une jeune femme pâle aux yeux gris, ses longues boucles rousses emmêlées. C'était elle. Et elle n'était pas Daïruza. Et comment cela se faisait-il qu'elle voyait son reflet si elle était vampire?
Elle quitta la demeure Pickerwood en hurlant, malgré la lumière du jour.
Elle s'isola pendant des mois au fin fond du comté de Kildare, dans de vieilles cabanes en bois au fond des forêts ou sous la terre. Son corps était brûlé, mais elle vivait encore. Les années passèrent sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte. Elle vivait à l'écart de tous, mortels ou vampires, ne sachant auquel des deux clans elle appartenait.
Elle revint à Dublin un soir, dans les années 1990, et aperçut l'ombre du Guide dans ses appartements, là où ses yeux de vampires s'étaient ouvert pour la première fois. Elle sonna.
"Lady Gabrielle...." lâcha-t-il au comble de l'étonnement. Il s'approcha d'elle et la mena à un fauteuil, comme si elle était convalescente: elle avait le teint blafard, la peaux brûlée et était à peine couverte par des haillons.
"Que suis-je? demanda-t-elle sans ambages
-Pardon? répondit-il
-Je vous en supplie, dites moi tout! Je ne comprends rien! Je me nourris de sang mais je me vois dans les miroirs, le soleil me brûle mais ne me tue pas! Dites moi ce que je suis, je vous en conjure!
- Pour les miroirs, rien de plus normal: le fait qu'un vampire n'ait pas de reflet n'est que pure légende. Quant à l'effet que la lumière a sur toi, cela ne fait que confirmer mes doutes."
Il la scruta
"Entends-tu toujours les anges noirs, Gabrielle?
- Plus vraiment. Depuis qu'Elias... Il avait trouvé un antidote...Mais il est...
-Oui je sais. Nous l'avons appris. Certains d'entre nous ont dû aller brûler sa dépouille. Il faut que nous restions discret."
Il se leva et se posta devant la fenêtre, puis soupira. "Pourquoi ne te l'ai-je pas dit avant, je ne le sait pas...reprit-il, Peut-être n'avais-je pas les mots. Toujours est-il que j'aurais dû... Gabrielle, il semblerait que tu ne sois pas totalement vampire... Une partie de ton âme mortelle vit toujours en toi."
Il lui raconta tout. Comment John Pickerwood l'avait laissée pour morte dans la ruelle, 140 ans plus tôt, comment lui, le Guide, lui avait fait boire son propore sang alors qu'elle était encore trop en vie pour devenir un être obscur.
"Pourquoi n'avez vous pas fini ce que John Pickerwood avait commencé?
-Je ne bois jamais après un autre, c'est une question de principe.
-Alors pourquoi ne pas m'avoir laissée mourir?
- Comme je te l'ai dit, tu étais trop en vie. On aurait pu te secourir et te soigner. Tu aurais pu parler de nous, révéler notre existence. Je ne pouvais courir ce risque. Et puis j'avais besoin de compagnie..."
Il s'assit de nouveau, la regardant avec tendresse.
"Je t'ai longtemps cherchée. Quand j'ai fini par te retrouver, Elias t'avait recueillie. Vous êtiez si semblable... j'ai préféré ne pas réaparaitre. Je savais que tu reviendrais quand tu en aurais besoin. Tu as fait beaucoup de chemin, malgré les épreuves.
-Oui...
-Et tu en as encore à faire. Mais sache que ma porte te seras toujours ouverte. D'ailleurs, il semblerait que quelques jours de repose ici te feraient le plus grand bien."
Elle accepta et s'installa de nouveau chez le Guide, où elle resta durant près d'une décennie, avant de s'installer à Kildare où elle vécu sans heurt.
Puis Josh était arrivé. Et tout avait basculé...
Elle l'avait aperçu pour la première fois par une nuit d'hiver, dans le vieux cimetière de Kildare. La neige recouvrait les tombes de son épais manteau scintillant au clair de lune. Elle admirait ce spectacle quand s'avança une silhouette haute et fine envellopée d'un long cache-poussière. Elle se cacha dans l'ombre et l'observa: brun, les cheveux longs, le regard vif d'un bleu lumineux scrutant les alentours du cimetière. Il s'assit sur une stèle et leva les yeux vers le ciel, le visage baigné de lune. Il resta de longues minutes ainsi, pensif, puis repartit non sans jeter un dernier coup d'oeil autour de lui.
La nuit suivante, il était revenu. Gabrielle ne l'avait pas entendu arriver et il la surprit.
"Bonsoir" murmura-t-il
Gabrielle sursauta violement et se retourna. Leurs yeux se croisèrent.
"Bonsoir... répondit-elle, tremblante.
-Je suis navré si je vous ai fait peur, pardonnez moi...
-Ce n'est rien."
Il lui tendit la main.
" Je m'appelle Joshua Pickerwood"
Son nom fit un choc à Gabrielle, qui recula d'un pas.
"Je vois que certains mythes ont la vie dure... soupira-t-il, vous êtes au moins la 10e personne qui a cette réaction quand je me présente. Pourtant mes aieux sont morts deux siècles auparavant.
- Je suis désolée...
-Ne vous excusez pas. Dites moi seulement votre nom, ajouta-il en souriant.
- On me nomme Lady Gabrielle. "
Il hocha la tête, souriant toujours.
"Vous avez un prénom d'archange.
-Un archange des ténèbres alors.
Il s'étonna, mais elle se tût.

ENTRACTE: L'étrange rêve d'Arcadie (épilogue)


La douleur fut terrible, même dans l'inconscience. Son oeil d'abord, mutilé par son double, puis son corps tout entier. Puis plus rien, plus de douleur, juste le néant.
Lorsque enfin elle se réveilla, Gabrielle était près d'elle, ainsi qu'un homme aux longs cheveux noirs et au teint blafard.
"Où suis-je? demanda-t-elle.
-A Dublin, chez le Guide, que voici. répondit Gabrielle. Nous t'avons soignée, mais...tu as succombé..."
Arcadie se leva d'un bond
"Comment? s'écria-t-elle, qu'entends-tu par "succombé"?
- Je crois qu'elle veut dire que tu n'es plus vivante. Vois par toi même, dit le GUide en désignant un psyché.
Arcadie les dévisagea l'un après l'autre, bouche bée, puis se dirigea vers le miroir ou elle se vit, ne se vit plus, vit a travers elle...
"Bien sûr, reprit Gabielle quelque peu gênée, comme je te l'ai promis, tu resteras près de moi. Du moins si tu le souhaites."
Arcadie se regarda sous toutes les coutures: de dos de face, la cicatrice de son oeil... Puis amusée, se tourna vers eux:
"C'est trop la classe d'être un fantôme!"


Fin de l'entracte

ENTRACTE: L'étrange rêve d'Arcadie (part 3)


La soirée battait son plein, mais Arcadie restait assise sur le banc de velour rouge, face à son portrait. Elle le scrutait, cherchait la moindre mauvaise ombre qui trahirait ce qu'avait été la "fille du cadre" la nuit précédente. Elle ne vit même pas la femme qui s'assit près d'elle. Une femme aux cheveux de feu et au regard gris acier.

Les grilles du jardin étaient grandes ouvertes à l'occasion de cette réception. Chacun pouvait donc entrer comme bon lui semblait. Cette habitude, prenant des airs de traditions, datait de si loin que les Stovington eux même ne se souvenaient plus de quand elle datait. Et chaque année, cela recommençait: ils donnaient leur somptueuse réception ouverte à tous. Arcadie cilla, pensant vaguement qu'un jour un tueur en série se glisserait parmis les autres et achèverait tout le monde.
"Très beau portrait" commenta la femme rousse à côté d'elle. Arcadie sursauta et tourna les yeux vers elle. Elle resta un instant à la contempler, comme hypnotisée et répondit:
"je ne l'aime pas.
-pourquoi ça?"
Arcadie réfléchit un instant. Que penserait la femme si elle lui avouait ce qu'elle croyait?
"Je ne l'aime pas parce que ce portrait est vivant. Ou hanté. Ou un truc dans le genre. Enfin c'est tout sauf un portrait normal, quoi.
-Oui. On dirait qu'il vit effectivement reprit la femme. C'est assez étonnant, peut être même un peu inquiètant si on croit aux histoires de fantômes. Mais je ne me suis pas présentée, toutes mes excuses. Lady Gabrielle O'leiry."
Elle tendit la main. Arcadie la serra.

Une sortie de théatre le sang qui coule la fille du portrait qui sort de son cadre mais qui est donc la vraie Arcadie et Elias qui meurt au pied de la Reine Venise qui danse les anges noirs qui rient se moquent c'est insoutenable et elle serre fort ses mains autou de mon cou et me pousse dans le cadre Joshua court me rattrape mais trop tard le soleil brûle je suis humaine mais pas assez pour vivre en plein jour je me dématérialise le sang coule je meurs est-ce moi ou l'autre Josh sur les docks il part m'abandonne où va-t-il promet de revenir je reviendrais et plus jamais je ne repartirais te souviens tu qui tu es je suis Arcadie Arcadie tu es Arcadie et tu seras toujours près de moi Gabrielle fais de moi ce que tu es mais c'est trop tard ton corps n'est plus veille sur mon âme je veillerais sur toi je veillerais sur toi je veillerais sur toi je veillerais sur toi


Leurs mains se séparèrent. La connection était faite, les laissant sans voix l'une et l'autre.
"J'ai... j'ai vu ton passé... dit Arcadie
-J'ai vu ton avenir... murmura Gabrielle
-Tu es une...créature de la nuit?
-Une vampire, oui."
Elles restèrent interdite un instant, cherchant à comprendre ce qui venait de se passer. Gabrielle regarda de nouveau le portrait.
"Finalement, dit-elle, je ne l'aime pas tant que ça ce portrait."
Elle se leva et quitta la pièce, laissant Arcadie sans voix.
Un bras sort du cadre, puis une épaule, puis une mèche de cheveux blond soyeux...Un rire cristallin emplit la pièce.
"Non... non laisse moi! Reste où tu es! Tu n'es qu'une image! Je suis la vraie!
-Non... Je suis la vraie...et toi tu n'es qu'une copie, une copie...
-NON!
-Je suis celle que voulaient tes parents: une fille irréprochable..."
Elle s'éveille. Il fait nuit noire. Mais pas assez pour ne pas voir le cadre osciller. Elle hurle, elle est fièvreuse. Elle est sans force... Elle subit nuit après nuit les assauts du portrait. Erin a peur: elle a vu rôder une femme rousse près de la maison ces derniers temps. Une femme rousse aux yeux gris.
"On dirait qu'elle n'est pas humaine." affirmait Erin. Et Arcadie n'avait plus qu'une envie: ne plus être humaine non plus. Car le portrait se servait d'elle pour vivre, et bientôt, il y parviendrait sans elle.
"Gabrielle... murmurait-elle, fais de moi ce que tu es..."
A plusieurs reprises, la fille du cadre prit la place d'Arcadie. Lorna, la cuisinière, la vit rôder dans la galerie Stovington alos qu'Arcadie dormait dans sa chambre. Mme Stovington lui parla croyant s'adresser à sa fille et Mr Stovington la vit entrer dans le salon. Quand il y entra à sa suite, le salon était vide. Même Erin se laissa berner par la fille du cadre. Elle la vit sortir de la chambre d'Arcadie, fraiche comme une rose de printemps, les joues roses, les yeux brillants de santé. Stupéfaite, Erin entra dans la chambre une fois la fille hors de vue. Arcadie gisait là, sur le lit, pâle comme la mort, les yeux cernés de noir, respirant à peine. Sur le mur, en face du lit, le cadre du portrait était vide. Non, pas vide. Pas vraiment... On y voyait, comme à travers un voile, ou comme une aquarelle à peine colorée, presque transparente, l'esquisse d'un visage, l'effet miroir de la chambre: une enfant pâle, souffrante, aux immenses cernes violettes lui mangeant les yeux.
Au milieu de l'été, les parents d'Arcadie s'absentèrent quelques jours, malgré l'état plus qu'inquiètant de leur fille. Arcadie savait que la fille du cadre en profiterait pour l'anéantir. Son reflet dans le cadre s'affirmait chaque jour un peu plus. Elle avait prié, en vain jusqu'ici, pour que Gabrielle vienne la chercher. Elle savait que la vampire n'était jamais bien loin d'ici , Erin la voyait chaque nuit. Comme si elle attendait quelque chose ou quelqu'un.
Elle dormait quand elle entendit le bruit. Un bruit de volet qui claque, ou de porte qu'on ouvre à toute volée. Elle alluma sa lampe de chevet: le cadre était vide et oscillait au mur. la fille en était sortie et la regardait, un sourire triomphal aux lèvres.
"Ce soir tu vas mourir, ce soir tu vas mourir!" chantonna-t-elle, sa voix résonnant dans la pièce comme dans un choeur d'église. Arcadie hurla.
"Personne ne peut t'entendre, tu es seule ici!"
Puis elle se jeta sur Arcadie et commança à l'étrangler. La soulevant du lit, elle la colla au mur près du cadre et la poussa à l'intérieur, serrant toujours ses mains autour de son cou. *
"Tu vas entrer là dedans! tu vas entrer là dedans et y rester pour toujours!" hurla la fille du cadre. Arcadie, sans force, ne pût bouger. Elle ne put voir que le visage sinistre de son double, déformé par la haine.
Il y eut un fracas de verre brisé, et la fille fut tirée en arrière, écumante de rage. Arcadie s'affala au sol, se blessant les mains avec les morceaux de verre jonchant le sol. Elle aperçut une cascade de boucles rousses, l'éclat d'un regard gris, métallique, la main de la fille du cadre s'abaissant sur son visage, la douleur à son oeil gauche qui grâce à Gabrielle resta intact, mais hérita d'une profonde estafilade. Puis, Gabrielle se saisissant de la fille, la vida de sa vie pendant qu'Arcadie dérivait vers l'inconscience.
"Te souviens-tu qui tu es?" Cette voix... comme dans un rêve. ces yeux gris, brillant comme l'acier, ce regard profond au dessus d'elle, la scrutant comme pour lui voler son image... Ou bien pour la conserver.
"-Je suis Arcadie... Arcadie...
-Oui, tu es Arcadie, et désormais tu seras toujours près de moi."
Un sourire se dessina sur le visage sanguinolent de la jeune fille de 15 ans. Elle ferma les yeux, puis sombra dans le néant....au moment même où la fille du cadre disparaissait définitivement, détruite par la vampire. Il ne resta d'elle que quelques traces de peinture à l'huile sur le sol.

ENTRACTE: L'étrange rêve d'Arcadie (part 2)


Dès son arrivée en Irlande, elle eût un vague pressentiment, une sensation d'angoisse inexprimable. Etait-ce dû au fait qu'il faisait nuit lorsqu'elle débarqua du ferry et qu'elle se retrouva seule, un instant, sur les docks?



Seule n'était pas le mot. Car il y avait effectivement quelqu'un. Une présence qu'elle n'avait pas remarquée avant. Une femme se tenait non loin d'elle, la fixant de ses yeux gris acier. Elle était habillée d'un long jupon d'un corset et de bottines, le tout de couleur noire. Elle avait sur les épaules une longue cape noire doublée de satin et sur ses longues boucles de feu, un haut de forme sans âge. On l'aurait cru tout droit sortie d'un conte du XIXe siècle. Bien que quelque peu apeurée par la façon dont la femme la regardait, elle ne l'en trouvait pas moins fascinante, et même hypnotique. Elles échangèrent un long regard, puis la femme sourit faiblement et disparut dans la nuit.


"Pardonnes moi, ma chérie, nous sommes en retard!

-Mon Dieu que tu es pâle! Tu n'es donc pas sortie de ta chambre, au pensionnat?

-Si. Mais c'est bien connu: Londres n'aime pas le soleil. D'où ma ressemblance avec un cachet d'aspirine. "

Sa mère n'ajouta rien, et le voyage continua dans le silence total. Elle passa le temps en regardant son reflet dans la vitre, visage immoblie sur sur paysage mobile, et vit que rien n'avait changé: toujours les même longs cheveux blonds et soyeux, ce même visage (pâle, sa mère n'avait pas tort pour une fois), ces même yeux bleu ciel délavés et, ô miracle! deux petites pommes rouges sur ses joues, comme aurait dit Papa Jack, et sûrement dûes à l'air frais irlandais. Elle était peutêtre pâle de nature, mais pour une fois qu'elle avait des couleurs, sa mère aurait pu le remarquer!


Aussitôt arrivée chez elle, elle se rendit dans sa chambre où elle s'endormit, pelotonnée dans son lit moëlleux, non sans râler intérieurement en voyant le portrait d'elle que ses parents avaient fait faire d'après les photographies prises au pensionnat.

D'emblée, elle n'aima pas ce portrait. Elle n'aimait pas le regard chassieux de cette fille. Ses joues trop rouge, ses lèvres trop rose, son sourire moqueur. "Je suis mieux que toi!" semblait-elle clamer.

"Arrêtes de me regarder comme ça!" s'exclama Arcadie, s'adressant à la fille du portrait. "Demain je te décrocherais, et tu iras orner le salon si ça te chante, mais pas question que tu fasses de vieux os dans ma chambre!"

La nuit fut rude et agitée. Arcadie rêva, ou plutôt cauchemarda, et le portrait n'était pas étranger à cela: dans son rêve (cauchemar), la fille du portrait s'animait dans son cadre, la regardant de ses yeux hautains et moqueur, riant d'un rire cristallin. Puis elle se penchait et attrapait Arcadie, tentant de l'attirer dans le cadre. La jeune fille se réveilla en hurlant. Son reagrd se dirigea automatiquement vers le portrait, immobile dans son cadre. Mais quelque chose dans la fille qui y trônait semblait différent.
Lorsqu'elle descendit à la cuisine, elle y trouva Erin et Lorna, respectivement intendante et cuisinière. Erin avait une soixantaine d'année, était plus superstitieuse que Papa Jack lui même et douée d'un sens de l'écoute inné. Elle aimait beaucoup Arcadie, qui le lui rendait bien. Elle aidait Lorna à tapisser de petits toasts de différentes mixtures pour la réception qui avait lieu le soir même.
"Bien dormi? demanda Erin
-pas vraiment. Un portrait de moi d'une laideur infâme m'a fait cauchemarder toute la nuit. En plus, je n'aime pas qu'on me regarde quand je dors."
Erin souria à cette plaisanterie, mais son regard était grâve. Puis elle revint à ses toasts pendant qu'Arcadie engloutissait 4 pancakes noyées dans le sirop d'érable.
"Tes parents ont prévu de mettre ce portrait dans la salle de réception ce soir, avec les portraits du reste de la famille.

-Tant mieux! je n'aurais pas à le supporter cette nuit au moins.

- Rien n'est moins sûr, répondit Erin, lui jetant un regard entendu.

- Je n'aime pas ce portrait, décréta Arcadie.

- Pourquoi cela?

- Je ne sais pas... Je... Je le trouve malsain, voilà. Il ne me ressemble en rien, ce n'est pas MOI qui a été peint dessus. Ce n'est pas ma personnalité qu'on y voit!"

Erin s'immobilisa un court instant, une seconde peut-être. Arcadie le vit.

"Tu ne l'aime pas toi non plus" dit-elle.

D'un regard, l'intendante coupa court. Pas de discussions de ce genre devant Lorna. Plus tard.


Le portrait fut en effet déplacé. Mais au lieu de la salle de réception, il se retrouva dans le vaste couloir que les parents d'Arcadie appelaient pompeusement "la galerie Stovington".

Accroché au mur de la galerie, entre le portrait de son père et celui de sa mère, "la fille du cadre", comme elle la surnommait maintenant, était différente. Son regard était doux, son sourire angélique, comme si elle se nourrissait du regard des autres. "tu cherches à les mettre tous dans ta poche hein, sale garce!" pensa Arcadie. Elle regarda son portrait dans les yeux, tentant peut être de le provoquer. mais dans le tableau, le regard de la fille du cadre ne se départit pas de sa douceur.

"Je suis complètement cinglée" pensa-t-elle.

ENTRACTE: L'étrange rêve d'Arcadie. (part 1)



"Te souviens-tu qui tu es?"
Cette voix... comme dans un rêve. ces yeux gris, brillant comme l'acier, ce regard profond au dessus d'elle, la scrutant comme pour lui voler son image... Ou bien pour la conserver.
"-Je suis Arcadie... Arcadie...
-Oui, tu es Arcadie, et désormais tu seras toujours près de moi."
Un sourire se dessina sur le visage sanguinolent de la jeune fille de 15 ans. Elle ferma les yeux, puis sombra dans le néant.

Arcadie Stovington avait presque toujours vécu à la Nouvelle Orléans. Les inondations tragiques dûes à l'ouragan en chassèrent sa famille qui émigra en Angleterre, à Londres, ou on envoya la jeune fille dans un pensionnat, pensant qu'elle y aurait de meilleures fréquentations qu'à la Nouvelle Orléans, où les bas fond du Vieux Carré l'attiraient irrémédiablement.
Elle aimait la Nouvelle Orléans autant qu'elle abhorrait Londres. La froideur du climat, cette brume constante, le regard hautain et l'air pincé des anglais... Elle regrettait les rues sordides et les bars miteux où elle passait le plus clair de son temps, séchant les cours pour s'offrir un verre, essayant de paraitre plus vieille en se maquillant outrageusement et en prenant des manières qu'elle pensait dignes d'une vraie femme. Et elle parvenait souvent à ses fins, même si personne n'était dupe: il était clair que tout ses artifices ne cachaient pas son jeune âge, mais elle était jolie et qui sait? Peut être n'était-elle pas prude. Ainsi se voyait-elle offrir un verre de Bailey's ou de Soho, ou encore un de ces cocktails dit "sans alcool" dans lequel le barman rajoutait souvent, pour elle, un long trait de téquila. Elle restait là des heures, regardant la bande de gothiques qui hantaient les lieux, le teint blanchit à coup de maquillage, les yeux noirs de khôl et de fard. Ceux là même qui l'avaient surnomée "Loligoth" et tentaient de l'enrôler dans leur clan. "Loligoth"... Non elle n'en était pas une. Elle aimait s'habiller de noir, de vêtements de dentelle, de robes courtes à multiples jupons, de larges chapeaux à longs rubans. Elle aimait le cimetière Saint Louis au clair de lune ou sous la neige, les ombres du Vieux Carré, son ambiance nocturne. Elle aimait lire Edgar Poe, Baudelaire ou les soeurs Brontë, tout autant que les livres de LeFanu. Mais était-ce cela être une lolita gothique? Quel en était l'intérêt? Elle était elle, c'est tout. Jamais elle ne s'était posé la question de savoir à quel style elle appartenait, et elle s'en moquait. Et d'où leur venait soudain l'idée à ceux là, de lui coller une étiquette? Eux qui justement s'insurgeaient lorsqu'on les réduisaient à cela.
Mais à Londres il n'était plus question de ça. Elle était emprisonnée dans un pensionnat et elle n'en sortirait que pour les vacances, où elle rejoindrait sa famille à Dublinoù elle avait fini par se fixer.
La fin de la première année scolaire avait été pou elle un soulagement. L'été était là, et même si ce n'était pas sa saison préférée, contrairement à l'automne, il apportait la liberté et la fin des cours.
"Tu n'y reviendra pas de toutes façons" Cette voix... Cette pensée , comme un flash. Elle releva la tête busquement, scrutant la salle de cours de ses yeux pâles: le silence, personne qui ne la regarde, qui aurait pu lui parler. Ses congénères étaient toutes affairées à lire "Jane Eyre", livre qu'Arcadie avait lu une bonne vingtaine de fois. Et qu'elle connaissait par coeur.

La cloche sonna enfin la fin de l'année et elle quitta les lieux sans regrets, sans amies véritables et cela lui était égal. Elle était convaincue qu'elle n'y retournerait jamais. Les voix ne se trompaient que rarement.
Il n'était pas rare que ce genre de choses arrivent, que les voix se manifestent. Son grand père, tendrement surnommé "Papa Jack", lui disait qu'elle avait "le don" (lui même l'avait), raison pour laquelle il passait pour un fou aux yeux de toute la famille. Sauf aux yeux d'Arcadie. Papa Jack était resté à la Nouvelle Orléans, malgré la précarité, la destruction de sa maison.
"Je suis né ici, j'ai vécu ici, et si je dois mourir ce sera ici quoiqu'il advienne! "
"Ton père est un vieux fou" avait déclaré Mme Stovington à son mari. Ainsi avait eu lieu la plus grande guerre que les parents d'Arcadie aient pu se se déclarer l'un à l'autre: Papa Jack était peut être un vieux fou avec ses croyances, son folklore et ses valeurs d'un autre siècle, et on était en droit de le penser. Mais l'affirmer signifiait sortir les armes.
Arcadie avait beaucoup pleuré de quitter Papa Jack. Il était le seul à la comprendre...