mercredi 29 août 2007

Prologue


La nuit n'était pas aussi noire qu'elle aurait dû l'être.

Les lumières de Dublin l'éclairait de mille feux, reflétant les couleurs des costumes, des néons, de la fête de la Saint Patrick dans le ciel indigo.
Les rues étaient emplies de musique, de femmes et d'hommes dansant, bière à la main, riant et buvant à la fois, l'esprit grisé par l'alcool et par l'ambiance qui régnait en cette nuit de Mars.
Les esprits s'échauffaient, les corps se rapprochaient, les chants, les cris de joie, les mélodies s'élevaient dans les airs tels un feu d'artifice sonore, montant jusqu'aux cieux ou les anges recevaient ce message de fête.

Dans une ruelle sombre de Temple Bar, une silhouette s'avança, aussi sombre que les ténèbres qui l'entouraient, marchant lentement, ses pas résonnant à peine sur les pavés. Elle s'immobilisa au bout de la ruelle, cachée sous une arche voûtée, son regard gris acier balayant la foule bigarrée des fêtards: costumes de korrigans, bannières aux couleurs de l'Irlande, drapeaux frappés du trèfle à quatre feuilles, chapeaux de fou multicolores dont les clochettes tintaient silencieusement, couvertes par le vacarme ambiant.
Elle était dans l'ombre, les yeux perdus dans la foule. Une boucle cuivrée frappa sa joue et elle la repoussa d'une main fine et pâle. Le vent se levait. Elle ramena sa cape sur ses épaules. La blancheur de sa peau contrastait avec la noirceur du velours noir. Le satin de la doublure glissa sur sa peau et elle frissonna, rabattit la capuche sur ses yeux et plongea dans la masse des fêtards.
Elle longeait les murs, ses longs cheveux battant ses reins, marchant cette fois beaucoup plus vite. Fut un temps, il y a peu encore, elle se serait mêlée à la foule des mortels. Elle aurait profité elle aussi de la fête, se laissant aller à sa folie légendaire...Mais ce temps était révolu.

Elle marcha jusqu'au port, laissant la ville à ses festivités. Quelques personnes trainaient aussi leur carcasse alcoolisée sur les rives, allumant des feux de bengale, s'extasiant des couleurs qui explosaient dans le ciel. Ils ne remarquèrent pas son arrivée. Peut-être auraient-ils dû...
"Gabrielle"murmura-t-elle, ombre parmi les ombres, "je m'appelle Lady Gabrielle."
Le petit groupe s'éloigna, hormis un jeune homme qui titubait loin derrière les autres. Il trébucha et s'affala au sol, tentant vainement de se relever alors que ses comparses s'éloignaient sans même se soucier de son absence.
Elle s'avança doucement vers lui, silencieuse, s'immobilisa près de lui, le bout de ses bottines touchant le flanc du jeune homme. Il ouvrit les yeux, les cligna. Elle lui tendit la main, comme voulant l'aider à se relever. Il prit sa main sans mot dire: ses yeux avaient plongés dans ceux de la jeune femme et il ne parvenait pas à s'en départir. Il y vit le comté de Kildare et ses collines verdoyantes et ensevelies sous les brumes matinales, il y vit une jeune femme aux longs cheveux de feu, ses boucles voletant au vent alors qu'elle riait avec ses parents, ses amis.
Il vit Dublin, une scène de théâtre, une femme rousse encore, peut-être la même?, portant un masque vénitien, un costume bigarré, jouant dans ce théâtre sous la lumière jaune des chandelles... Puis il vit une rue sombre, une silhouette immense, le masque vénitien tomber et se briser au sol... Puis il sentit la douleur dans son cou, le sang...Et enfin le néant.

Avant qu'il ait pu s'en rendre compte, il était mort.

1 commentaire:

Sunstar a dit…

J'adore le début, un univer sombre pesant, on ne sait pas qui est le personnage mais on ce doute beaucoup de sa nature. Il y a un parrallèle entre elle, son univer et celui des jeunes gens qui s'amusent dans la rue où c'est la fête.