dimanche 1 février 2009

ENTRACTE: L'étrange rêve d'Arcadie (part 3)


La soirée battait son plein, mais Arcadie restait assise sur le banc de velours rouge, face à son portrait. Elle le scrutait, cherchait la moindre mauvaise ombre qui trahirait ce qu'avait été la "fille du cadre" la nuit précédente. Elle ne vit même pas la femme qui s'assit près d'elle. Une femme aux cheveux de feu et au regard gris acier.

Les grilles du jardin étaient grandes ouvertes à l'occasion de cette réception. Chacun pouvait donc entrer comme bon lui semblait. Cette habitude, prenant des airs de traditions, datait de si loin que les Stovington eux même ne se souvenaient plus de quand elle datait. Et chaque année, cela recommençait: ils donnaient leur somptueuse réception ouverte à tous. Arcadie cilla, pensant vaguement qu'un jour un tueur en série se glisserait parmi les autres et achèverait tout le monde.
"Très beau portrait" commenta la femme rousse à côté d'elle. Arcadie sursauta et tourna les yeux vers elle. Elle resta un instant à la contempler, comme hypnotisée et répondit:
"je ne l'aime pas.
-pourquoi ça?"
Arcadie réfléchit un instant. Que penserait la femme si elle lui avouait ce qu'elle croyait?
"Je ne l'aime pas parce que ce portrait est vivant. Ou hanté. Ou un truc dans le genre. Enfin c'est tout sauf un portrait normal, quoi.
-Oui. On dirait qu'il vit effectivement reprit la femme. C'est assez étonnant, peut être même un peu inquiétant si on croit aux histoires de fantômes. Mais je ne me suis pas présentée, toutes mes excuses. Lady Gabrielle O'leiry."
Elle tendit la main. Arcadie la serra.

Une sortie de théâtre le sang qui coule la fille du portrait qui sort de son cadre mais qui est donc la vraie Arcadie et Elias qui meurt au pied de la Reine Venise qui danse les anges noirs qui rient se moquent c'est insoutenable et elle serre fort ses mains autour de mon cou et me pousse dans le cadre Joshua court me rattrape mais trop tard le soleil brûle je suis humaine mais pas assez pour vivre en plein jour je me dématérialise le sang coule je meurs est-ce moi ou l'autre Josh sur les docks il part m'abandonne où va-t-il promet de revenir je reviendrais et plus jamais je ne repartirais te souviens tu qui tu es je suis Arcadie Arcadie tu es Arcadie et tu seras toujours près de moi Gabrielle fais de moi ce que tu es mais c'est trop tard ton corps n'est plus veille sur mon âme je veillerais sur toi je veillerais sur toi je veillerais sur toi je veillerais sur toi


Leurs mains se séparèrent. La connection était faite, les laissant sans voix l'une et l'autre.
"J'ai... j'ai vu ton passé... dit Arcadie
-J'ai vu ton avenir... murmura Gabrielle
-Tu es une...créature de la nuit?
-Une vampire, oui."
Elles restèrent interdite un instant, cherchant à comprendre ce qui venait de se passer. Gabrielle regarda de nouveau le portrait.
"Finalement, dit-elle, je ne l'aime pas tant que ça ce portrait."
Elle se leva et quitta la pièce, laissant Arcadie sans voix.
Un bras sort du cadre, puis une épaule, puis une mèche de cheveux blond soyeux...Un rire cristallin emplit la pièce.
"Non... non laisse moi! Reste où tu es! Tu n'es qu'une image! Je suis la vraie!
-Non... Je suis la vraie...et toi tu n'es qu'une copie, une copie...
-NON!
-Je suis celle que voulaient tes parents: une fille irréprochable..."
Elle s'éveille. Il fait nuit noire. Mais pas assez pour ne pas voir le cadre osciller. Elle hurle, elle est fiévreuse. Elle est sans force... Elle subit nuit après nuit les assauts du portrait. Erin a peur: elle a vu rôder une femme rousse près de la maison ces derniers temps. Une femme rousse aux yeux gris.
"On dirait qu'elle n'est pas humaine." affirmait Erin. Et Arcadie n'avait plus qu'une envie: ne plus être humaine non plus. Car le portrait se servait d'elle pour vivre, et bientôt, il y parviendrait sans elle.
"Gabrielle... murmurait-elle, fais de moi ce que tu es..."
A plusieurs reprises, la fille du cadre prit la place d'Arcadie. Lorna, la cuisinière, la vit rôder dans la galerie Stovington alors qu'Arcadie dormait dans sa chambre. Mme Stovington lui parla croyant s'adresser à sa fille et Mr Stovington la vit entrer dans le salon. Quand il y entra à sa suite, le salon était vide. Même Erin se laissa berner par la fille du cadre. Elle la vit sortir de la chambre d'Arcadie, fraiche comme une rose de printemps, les joues roses, les yeux brillants de santé. Stupéfaite, Erin entra dans la chambre une fois la fille hors de vue. Arcadie gisait là, sur le lit, pâle comme la mort, les yeux cernés de noir, respirant à peine. Sur le mur, en face du lit, le cadre du portrait était vide. Non, pas vide. Pas vraiment... On y voyait, comme à travers un voile, ou comme une aquarelle à peine colorée, presque transparente, l'esquisse d'un visage, l'effet miroir de la chambre: une enfant pâle, souffrante, aux immenses cernes violettes lui mangeant les yeux.
Au milieu de l'été, les parents d'Arcadie s'absentèrent quelques jours, malgré l'état plus qu'inquiétant de leur fille. Arcadie savait que la fille du cadre en profiterait pour l'anéantir. Son reflet dans le cadre s'affirmait chaque jour un peu plus. Elle avait prié, en vain jusqu'ici, pour que Gabrielle vienne la chercher. Elle savait que la vampire n'était jamais bien loin d'ici , Erin la voyait chaque nuit. Comme si elle attendait quelque chose ou quelqu'un.
Elle dormait quand elle entendit le bruit. Un bruit de volet qui claque, ou de porte qu'on ouvre à toute volée. Elle alluma sa lampe de chevet: le cadre était vide et oscillait au mur. la fille en était sortie et la regardait, un sourire triomphal aux lèvres.
"Ce soir tu vas mourir, ce soir tu vas mourir!" chantonna-t-elle, sa voix résonnant dans la pièce comme dans un choeur d'église. Arcadie hurla.
"Personne ne peut t'entendre, tu es seule ici!"
Puis elle se jeta sur Arcadie et commença à l'étrangler. La soulevant du lit, elle la colla au mur près du cadre et la poussa à l'intérieur, serrant toujours ses mains autour de son cou. *
"Tu vas entrer là dedans! tu vas entrer là dedans et y rester pour toujours!" hurla la fille du cadre. Arcadie, sans force, ne pût bouger. Elle ne put voir que le visage sinistre de son double, déformé par la haine.
Il y eut un fracas de verre brisé, et la fille fut tirée en arrière, écumante de rage. Arcadie s'affala au sol, se blessant les mains avec les morceaux de verre jonchant le sol. Elle aperçut une cascade de boucles rousses, l'éclat d'un regard gris, métallique, la main de la fille du cadre s'abaissant sur son visage, la douleur à son oeil gauche qui grâce à Gabrielle resta intact, mais hérita d'une profonde estafilade. Puis, Gabrielle se saisissant de la fille, la vida de sa vie pendant qu'Arcadie dérivait vers l'inconscience.
"Te souviens-tu qui tu es?" Cette voix... comme dans un rêve. ces yeux gris, brillant comme l'acier, ce regard profond au dessus d'elle, la scrutant comme pour lui voler son image... Ou bien pour la conserver.
"-Je suis Arcadie... Arcadie...
-Oui, tu es Arcadie, et désormais tu seras toujours près de moi."
Un sourire se dessina sur le visage sanguinolent de la jeune fille de 15 ans. Elle ferma les yeux, puis sombra dans le néant....au moment même où la fille du cadre disparaissait définitivement, détruite par la vampire. Il ne resta d'elle que quelques traces de peinture à l'huile sur le sol.

Aucun commentaire: